La Science Cabalistique

La Science Cabalistique

CHAPITRE VII.

Explication des Génies de la troisième classe, et leurs mystères.

AYANT fait connaître au chapitre 2 les diverses hiérarchies célestes qui composent les neuf chœurs des anges, les noms des intelligences qui influent sur les planètes, avec les noms divins correspondant aux 22 lettres hébraïques et aux trois mondes, et après avoir parlé des 72 génies qui influent sur tout ce qui existe dans l'univers, il me reste à parler des génies de la troisième classe, appelés, par les philosophes, les peuples élémentaires. Parmi les auteurs les plus célèbres qui ont traité de la nature des dieux, on distingue Jamblique et Porphyre; le premier dit que les anciens Égyptiens et les Assyriens étaient persuadés que les génies étaient répandus dans tout l'univers, et qu'ils concouraient tous au gouvernement du monde par une providence commune; ils prétendaient qu'il en existait dans le feu, dans l'air, dans l'eau, et dans la terre. Tous les sages philosophes s'accordent à dire que les éléments sont habités, savoir, le feu par les salamandres, l'air par les sylphes, l'eau par les nymphes ou ondins, et la terre par les gnomes ou pygmées; et ils disent que les salamandres sont les créatures les plus belles et les plus parfaites[p. 100] qui existent dans les éléments, parce qu'elles sont composées dans les plus subtiles parties du feu, conglobées et organisées par l'action du feu universel, qui est le principe de tous les mouvements de la nature.

Les sylphes sont composés des plus purs atomes de l'air; les sages prétendent que leurs femmes et leurs filles sont des beautés extraordinaires; ils aiment les sciences et les savants.

Les nymphes ou ondins sont composés des plus subtiles parties de l'eau; ils font peu de mâles, et les femmes y sont en grand nombre; leur beauté surpasse un million de fois les filles des hommes, et toutes les plus belles créatures du genre humain.

La terre est remplie jusqu'au centre de gnomes ou pygmées : ils sont gardiens des trésors, des minières et des pierreries; leurs femmes sont petites; leurs habits sont très riches et fort curieux. Ces peuples suivent en toutes choses les principes de la nature; leurs mœurs et leurs lois sont admirables; ils sont ennemis des impies, des ignorants et des libertins; ils ont beaucoup de respect pour la Divinité, et leurs prières sont sublimes; voici celle que la salamandre, qui répondait dans le temple de Delphes, voulut bien révéler aux hommes, suivant le rapport de Porphyre :

ORAISON DES SALAMANDRES

qui habitent la région du feu.

O immortel, éternel, ineffable et sacré père de toutes choses, qui es porté sur le chariot roulant sans cesse des mondes qui [p. 101]tournent toujours; dominateur des campagnes éthériennes; où est élevé le trône de ta puissance, du haut duquel tes yeux redoutables découvrent tout, et tes belles et saintes oreilles écoutent tout, exauce tes enfants que tu as aimés dès la naissance des siècles; car ta durée est grande, et ton éternelle majesté resplendit au-dessus du monde et du ciel des étoiles; tu es élevé sur elles, ô feu étincelant; là, tu t'allumes et t'entretiens toi-même par ta propre splendeur, et il sort de ton essence des sources intarissables de lumière qui nourrissent ton esprit infini. Cet esprit produit toutes choses, et fait ce trésor inépuisable de matière qui ne peut manquer à la génération qui l'environne toujours, à cause des formes sans nombre dont elle est enceinte, et dont tu l'as rempli au commencement; de cet esprit tirent aussi leur origine ces rois très saints qui sont debout autour de ton trône, et qui composent ta cour. O père universel! ô unique! ô père des bienheureux mortels et immortels! tu as créé en particulier des puissances qui sont merveilleusement semblables à ton éternelle pensée et à ton essence adorable; tu les as établies supérieures aux anges qui annoncent au monde tes volontés; enfin, tu nous as créé une troisième sorte (1) de souverains dans les éléments. Notre continuel exercice est de te louer et d'adorer tes désirs; nous brûlons du désir de te posséder. O père! ô mère la plus tendre des mères! ô l'exemplaire admirable des sentiments de la tendresse des mères! ô fils, la fleur de tous les fils! ô forme de toutes les formes! âme, esprit, harmonie et nombre de toutes choses, nous t'adorons.

C'est ainsi que les peuples élémentaires adorent l'Être Suprême, sans avoir aucun droit à la gloire éternelle; car les philosophes disent que leur âme est mortelle. Cependant[p. 102] ils vivent plusieurs siècles, n'étant point sujets à la corruption, et n'ayant aucun mauvais principe en eux, parce qu'ils ne sont composés que d'un seul élément ; mais qu'est-ce que le temps en comparaison de l'éternité ? Il y avait beaucoup d'analogie entre Adam et ces créatures, parce qu'étant composé de ce qu'il y avait de plus pur dans les éléments, il renfermait en lui toutes les perfections de ces quatre espèces de peuples, et il était leur roi naturel. Mais Adam donna dans le piège du serpent, qui le persuada aisément, en lui disant qu'Ève ayant trouvé le principe de sa vie dans son côté, il devait chercher la durée de la sienne dans le sein d'Ève. C'est ainsi qu'Adam goûta le fruit défendu en se donnant à Ève, et qu'il a désobéi grossièrement à Dieu, d'après l'ordre formel qu'il avait reçu de lui de ne pas y toucher ; alors ils négligèrent l'alliance des peuples élémentaires pour lesquels Dieu les avait spécialement créés (1).

(1) Cette troisième sorte est l'homme.

Depuis ce moment l'harmonie fut rompue par sa désobéissance ; il n'eut plus de proportion avec ces substances si pures et si subtiles, et il devint d'une nature inférieure à la leur. L'incontinence de ces premiers époux, et les perversités de leurs descendants, choquèrent les peuples élémentaires à un point, qu'ils furent entièrement dégoûtés du genre humain. La femme de Noé n'épargna rien pour se remettre bien avec eux ; mais leur réconciliation ne fut pas si entière, qu'ils ne se comportassent avec beaucoup de réserve ; ils devinrent tous particuliers, ne pratiquant plus depuis qu'avec certaines personnes dont la conduite [p. 103]était sage et régulière, et principalement ceux qui consacrent tous leurs soins à la recherche de la vérité.

(1) Toute cette doctrine est tirée du comte de Gabalis, par l'abbé de Villars, 4e. entretien.

Les premiers sages du monde, parlant à Dieu face à face, se plaignirent à lui du malheur de ces peuples, et Dieu, dont la miséricorde est sans bornes, leur révéla qu'il n'était pas impossible de trouver du remède à ce mal ; car, disent les cabalistes, de même que l'homme, par l'alliance qu'il a contractée avec Dieu, a été fait participant de la Divinité, de même les peuples élémentaires peuvent être faits participants de l'immortalité, par l'alliance qu'ils peuvent contracter avec les enfants de la sagesse. Il résulte de là que ceux qui sont prédestinés ont la gloire et le bonheur de rendre immortelle la nymphe ou la sylphide qui a fait une alliance avec eux (1)....

Ainsi, l'homme qui veut se régénérer et recouvrer sa première dignité et son empire sur les éléments, doit purifier et exalter l'élément du feu qui est en lui; il n'y a qu'à concentrer le feu du monde par des miroirs concaves, dans un globe de verre, et c'est ici l'artifice que tous les anciens ont caché religieusement aux profanes, et que le divin Théophraste a découvert. Il se forme dans ce globe une poudre solaire, laquelle, s'étant purifiée d'elle-même du mélange des autres éléments, devient en peu de temps souverainement propre à exalter le feu qui est en nous, et elle nous fait devenir, en quelque sorte, de nature ignée ; dès lors les habitants de la sphère du feu deviennent nos inférieurs, et, ravis de voir rétablir notre mutuelle harmonie, ils ont pour nous toute l'amitié et tout le respect qu'ils avaient pour Adam : c'est alors qu'ils désirent l'alliance des sages afin d'acquérir l'immortalité.

(1) Voyez à ce sujet le livre qui a pour titre des Préadamistes.

[p. 104]A l'égard des sylphes, des nymphes, et des gnomes, il est plus facile de les attirer à soi, leur existence étant beaucoup plus courte que celle des salamandres ; ils recherchent l'alliance des sages avec plus d'empressement. Il n'y a qu'à fermer un verre plein d'air conglobé, d'eau ou de terre, et le laisser exposé au soleil pendant un mois, puis séparer les éléments suivant les principes de la science hermétique. Chacun de ces éléments, ainsi purifié, est appellé par les philosophes la matière première, qui est celle, suivant eux, avec laquelle Dieu créa l'univers; cette matière devient un aimant merveilleux pour attirer les nymphes, les sylphes et les gnomes, si l'on en prend une certaine petite dose tous les jours pendant quelque temps, alors les sylphes, habitants des airs, deviendront visibles à vos yeux, et les nymphes et les gnomes, gardiens des trésors, sortiront de la terre et vous offriront leurs richesses. De sorte que, sans caractère, sans cérémonies, et sans mots mystérieux, l'on devient absolu sur tous ces peuples; ils n'exigent aucun culte du sage, sachant bien qu'il est plus noble qu'eux. C'est ainsi que la nature apprend à ses enfants à réparer les éléments par les éléments, parce que l'homme peut tout dans les éléments.

Tous les philosophes s'accordent à dire que dans certaines circonstances l'homme peut obtenir de Dieu une puissance supérieure pour commander aux intelligences, et s'en faire obéir par des évocations ; ils prétendent que l'on doit se préparer d'une certaine façon, qu'il faut observer les influences favorables, d'autant plus que les secrets de l'Astrologie cabalistique sont les secrets des religions.

Agrippa rapporte trois manières d'évoquer les génies : la première est naturelle; elle se fait par le moyen des [p. 105]mixtes, avec lesquels ils ont de la sympathie; la seconde se fait par les astres, lorsque leurs influences sont favorables; la troisième est divine; elle se fait par le secours de Dieu, des noms divins, et des cérémonies sacrées.

Il y a, outre cela, des fumigations qui ont beaucoup de vertu pour attirer les génies, que les philosophes modernes appellent les agents invisibles, et il y en a d'autres pour chasser les mauvais; il faut les connaître, savoir les mêler, et s'en servir à propos.

Voici la composition des parfums correspondant aux planètes, aux éléments et aux sept jours de la semaine, suivant la doctrine d'Agrippa (1).

Parfum du Soleil correspondant au dimanche,

et à l'élément du Feu.

Prenez la quatrième partie d'une once de chacune des drogues suivantes, savoir :

Du safran, bois de baume, graine de laurier, d'aloës, de girofle, de myrrhe et d'encens; ajoutez-y trois grains de musc et trois grains d'ambre gris ; toutes ces choses doivent être en poudre; on les amalgame avec du sang d'un coq blanc ou bien avec de l'eau de rose, dans laquelle vous mettrez de la gomme adragante; ensuite vous en formerez des petits grains en forme de pilules, pour vous en servir dans l'occasion quand ils seront bien secs, en les jetant trois à trois sur les charbons ardents.

(1) Philosophie occulte d'Agrippa, livre 1er., p. 112. On les trouve également dans le Petit-Albert, mais le parfum de Jupiter ne s'y trouve pas.

[p. 106]Parfum de la Lune correspondant au lundi et à la Terre.

Prenez la tête d'une grenouille, faites-la sécher avec l'œil d'un taureau; ensuite prenez une partie égale de graine de pavot blanc, d'encens, de camphre, storax, benjoin ou oliban : mélangez ces drogues (1) avec le sang d une jeune oie ou d'une tourterelle; vous en formerez une pâte, avec laquelle vous ferez des petits grains pour vous en servir au besoin; vous n'en mettrez que trois à la fois sur les charbons ardents, et vous observerez la même chose pour les autres.

Parfum de Mars, correspondant au mardi et à l'élément du Feu.

Prenez une partie égale des drogues suivantes, savoir : de soufre, d'armaniac, et d'euphorbe, avec de la racine des deux éllébores, et un morceau de bois noir d'un arbre appelé bdellium; mettez le tout avec le sang et la cervelle d'un ccrbeau, ou d'un chat noir; ensuite formez-en de petits grains.

Parfum de Mercure correspondant au mercredi et à l'Eau

On le compose de mastic, de l'encens, bois d'aloës, du [p. 107]bon storax et du benjoin; on y ajoute des girofles, de la quintefeuille, de la poudre de pierre d'agathe; il faut mêler tout cela avec de la cervelle de renard, ou de cerf, et du sang de pie; ensuite faites-en des petits grains.

(1) Les mages disent que le parfum le plus merveilleux, correspondant aux influences de la lune, est le sang d'une fille vierge, la première fois qu'elle a... Philosophie occulte, tome 1, page 104.

Parfum de Jupiter correspondant au jeudi et à l'Air.

On le compose avec de la graine de frêne, du bois d'aloës, du storax, de la gomme de benzaé, et de la poudre de pierre d'azur; on y ajoute des bouts de plumes de paon qui est l'oiseau sacré de Junon, femme de Jupiter : toutes ces drogues doivent être en poudre; il faut les mêler avec du sang d'hirondelle, ou de cigogne.

Parfum de Vénus correspondant au vendredi et à l'Air.

On le compose de musc, d'ambre gris, bois d'aloës, de roses sèches, et de corail rouge; pulvérisez toutes ces drogues; ajoutez-y deux ou trois cervelles de passereaux, et vous mêlerez le tout avec du sang de tourterelle, ou de pigeon.

Parfum de Saturne correspondant au samedi et à l'Eau.

On le compose de graine de pavot noir, de graine de jusquiame, de la myrrhe, et de la racine de mandragore; ajoutez-y de la poudre de pierre d'aimant, si vous en avez, et vous mêlerez le tout avec du sang de chat noir; faites-en des petits grains pour vous en servir au besoin.

Tous les parfums doivent se faire dans un petit réchaud de terre neuf, ayant la forme triangulaire. Ce feu doit être [p. 108]composé de bois de laurier, ou de coudrier; il faut que tout ce que vous emploierez, savoir : les drogues, le bois, l'amadou, l'allumette et la bougie soient neufs, et qu'ils n'aient servi à aucun usage profane ; c'est pour cette raison que vous devez vous les procurer vous-même. Il faut en outre que le feu soit neuf, car les parfums du jour doivent être allumés par les rayons du soleil ; il faut les concentrer avec un verre ardent, et pour la nuit vous vous servirez d'un caillou, qui soit bon à cet usage, que vous ramasserez vous-même dans un champ ; c'est ainsi que tous ceux qui sont initiés dans quelques rites mystiques, brûlent des parfums en l'honneur de tous les agents de la nature.

Voici ce que l'auteur de la Thréicie (1) nous apprend à ce sujet, page 361. « Mais le jour n'est pas non plus sans » observance : vous commencerez par faire aux dieux des » sacrifices ou des libations, et vous n'irez point reposer » dans votre lit des soins du jour, que vous ne leur en » fassiez encore ; vous leur offrirez des parfums, et chaque » maison aura à cet effet un encensoir, qui vous attes- » tera continuellement la présence des dieux. » Et dans un autre endroit, page 373, il dit, en parlant des dieux qui influent sur les éléments et sur la terre ce qui suit : « Vous » ne ferez aucun voyage sans faire au départ et au retour » les sacrifices viatiques. Vous dépendez en tout des » dieux ; vous ne pouvez rien de vous-même en ce mal- » heureux monde ; vous n'avez pas même votre pensée à » vous ; dans toutes les occasions de la vie, vous sacri»[p. 109] fierez aux dieux ; vous les invoquerez, soit qu'elles » soient de peine ou de plaisir ; vous n'aborderez pas un » pays sans invoquer le génie du lieu (1), et tous les dieux » qui y président ; quand vous verrez une ville, vous en » prierez les dieux tutélaires de vous être propices, ainsi » qu'à ceux qui l'habitent ; vous ne verrez une forêt sans » adorer les faunes et les nymphes qui l'habitent ; vous » ne verrez pas une plaine, une montagne, sans adorer les » dieux qui y président (2). La terre est au ciel ; des » philosophes m'entendront bien ; mais pour des philo- » sophistes ils ne m'entendront pas : mais ce n'est pas à » eux que je parle. Vous ne gâterez ni les puits, ni les » fontaines ; vous ne souillerez point les éléments ; vous » ne détruirez aucun arbre fruitier, et vous n'abattrez les » autres que pour la nécessité, de peur de déformer la » nature que vous embrassez, puisque vous êtes dans » l'unité ; le foyer de votre maison vous sera sacré ; c'est » votre autel domestique ; c'est là que réside la puissance » de Vesta et de vos dieux tutélaires ; gardez-vous de » commettre aucune indécence à votre foyer, les dieux la » puniraient : Prends garde de relever indécemment ta robe » devant ton foyer, dit Hésiode, les dieux y résident ; c'est là » que vous ferez les sacrifices et les libations de votre fa- » mille. Qu'y-a-t-il de plus saint, de plus muni de toute

(1) Voyez le livre intitulé la Thréicie, ou la seule Voie des sciences divines et humaines. A Paris, chez Moutardier, imprimeur libraire, quai des Augustins, n°. 28; édition de l'an VII.

(1) Voyez la Thréicie, p. 377, 378, 379 et 384.

(2) L'auteur, de qui j'ai pris ce passage, pour me servir d'autorité dans mon système, aurait dû ajouter, d'après les conséquences qu'il avance, que toutes les fois que nos yeux s'ouvrent à la lumière, et quand nous regardons le grand tout, nous devons adorer le grand Être. Il en est de même pour l'esprit ; toutes les fois que nous nous réveillons dans le sommeil, notre première pensée doit être à Dieu...

[p. 110]» religion, dit Cicéron, que la maison de chaque citoyen ? » Là, sont les autels, les foyers, les dieux pénates ; là, sont » contenues les choses sacrées de la famille, les religions, » les cérémonies. Si je ne vous disais pas que je vous donne » la religion qui est émanée du sein de la Divinité, je vous » dirais : Je vous donne la religion des héros. Je me jette » hors du lit, dit Enée, et, poussant un cri de joie, je » tends les mains suppliantes vers le ciel ; je verse au foyer » des présents purs, intemerata dona, et, joyeux de m'être » acquitté de ce devoir, je vais annoncer à mon père la vision » des dieux... » Et ailleurs : « Disant cela, il allume les » feux couverts au foyer ; sapitos ignes ne veut pas dire » éteints, autrement, il aurait fallu les rallumer : il ré- » veille le lares de Pergame, le sanctuaire de la chaste » Vesta; il y fait un sacrifice de pure farine , et, remplis- » sant un encensoir de parfums, il y fait fumer l'encens » en l'honneur des dieux : c'est cet encensoir que j'ai dit » que chaque maison devait avoir pour cet usage ; c'est » là que vous exercerez tous vos rites, en attendant que » la vérité ait des temples publics...

» Vous ne ferez aucune adoration, aucune invocation, » aucun sacrifice, sans vous être purifié, en vous lavant » le corps ou au moins les mains ; la religion est l'expres- » sion de ce qui est, et ces actes sont des symboles qui » expriment les actes invisibles et qui les opèrent. Sans » vous être lavé les mains, dit encore Hésiode, vous n'offrirez » point le matin du vin à Jupiter ni à tous les autres dieux; » ils n'écouteraient point vos prières. Si l'eau vous manque, » vous vous purifierez au feu ; si vous n'avez ni eau, ni » feu, vous vous purifierez à l'air, en demandant que » l'eau qui emporte tout, emporte votre souillure. Dans » l'eau dont vous vous laverez, vous mettrez du sel de

[p. 111]» sapience, qui la sanctifiera ; vous sanctifierez la table » par l’apposition du sel ; vous n’omettrez le sel d’au- » cun de vos sacrifices. Pour adorer, vous vous présen- » terez d’abord devant les dieux, tourné le matin du » côté de l’orient, à midi et le soir du côté du midi et du » couchant ; là est le cœur du monde et le foyer : c’est » ainsi que Déjanire, dans Sophocle, envoyant à son époux Hercule la robe qui devait lui être si funeste, » dit : qu’il se présentera devant les dieux avec cet habit ; » vous porterez ensuite la main droite, qui est la main de » la puissance, le pouce appuyé sur l’index, ce qui la dé- » signe, à votre bouche, parce que c’est votre verbe qui » doit adorer le verbe des dieux et leur parler leur lan- » gage, ob ore orare ; puis vous vous prosternerez devant » eux ; vous tournerez ensuite en rond, en traçant un » cercle : les Romains tournaient de droite à gauche ; les » Celtes, vos ancêtres, ô Européens ! tournaient de gauche » à droite ; je vous dirais, choisissez ; mais vous avez vu » que ce sont les rites romains que vous devez avoir ; vous » n’êtes que des démembrements de l’empire romain ; » ainsi vous verrez tous les dieux et vous en serez vu ; et » vous vous assoierez ensuite dans leur repos et dans leur » unité : grande déesse, je ne crois pas divulguer vos mys- » tères en disant ces choses ; et soit que vous offriez des » parfums, soit les parties de la victime que vous devez » brûler, qui sont les graisses et les intestins, vous les » agiterez en croix de l’orient à l’occident, du midi au » septentrion ; vous tracerez une croix (1) par qui tout se [p. 112]» fait, qui est le symbole de la puissance des dieux, de la » vie future et éternelle, la croix dans la capacité du cercle » faisant quatre angles droits ; c'est ce que les anciens » nommaient ferctum obmovere (1). »

(1) C’est pour cette raison que les mages frappent l’air en croix avec la verge mystérieuse, en se tournant vers les quatre parties du monde et aux quatre angles du cercle ; lesquels doi-

Il résulte de là que la religion des mages est l'expression et l'adoration de tout ce qui est, suivant l'inscription d'Isis : Je suis tout ce qui est, et personne n'a encore pu lever le voile qui me couvre.....

vent correspondre aux quatre points cardinaux, lorsqu'ils font leurs évocations.

(1) Voyez la Thréicie, p. 379.